Quand les anges- aussi rouges soient-ils – s’emparent de la question des sorcières…
En opposant le blanc et le noir, le bien et le mal, la force et la faiblesse, on démontre une vision binaire comme unique façon de penser. On ne voit rien des nuances de gris, on laisse tomber le multiple et le varié, le fleuri et le fouillis, pour se contenter du basique et monotone, du plat sans fissure. On fuit l’aventure et on finit par croire que tout se résume à pile ou face.
Procéder ainsi, c’est s’éloigner de l’humain. Plus complexes que cela nous sommes. Rien à voir avec ce petit jeu des dualités qui s’affrontent mesquinement. Plus grands nous sommes quand nous prenons conscience que nous ne connaissons qu’une infime partie du monde qui nous accueille, des forces qui nous gouvernent, des pouvoirs que nous gardons cachés dans les poches.
Et par rebond c’est donc limiter le champ de l’ouverture en général, mais surtout réduire celui de l’imaginaire, de la fantaisie et de l’onirisme.
Juxtaposer la couleur rouge à la figure de l’ange, c’est une façon de refuser la vision manichéenne, qui cherche encore et toujours à nous faire rentrer dans des boites à étiquette unique.
La figure de la sorcière est multiple. Entre mythe, conte, fantasme, réalité historique, et finalement, au creux de tout cela, l’image d’une certaine femme, symbole de dissidence…
Qui étaient les sorcières ?
À partir de la fin du Moyen Age, celles qu’on a appelées les sorcières étaient principalement des sages-femmes, guérisseuses et avorteuses. Elles détenaient une pharmacopée et des savoirs ancestraux que les théologiens ne reconnaissaient pas. La plupart manifestaient une certaine indépendance, étaient veuves ou sans maris. Ces femmes détentrices d’un certain savoir, et par extension d’un certain pouvoir, furent qualifiées d’hérétiques car leurs pratiques médicinales « magiques » ou relevant de la superstition ne pouvaient que les relier au Malin.
Dans un contexte de famine, de pauvreté, de méfiance, et de misogynie généralisée, il n’en fallait pas plus pour en faire des boucs émissaires.
On les a donc chassées, écrouées, torturées, et enfin on les a brûlées sur le bûcher, en place publique. À la base de l’accusation, il suffisait d’une réputation.
Pendant deux siècles… 50 000 y sont passées, c’est le compte à vue de nez qu’on en a fait… Peut-être 100 000, massacrées. C’était l’Eglise qui le voulait, et puis le peuple applaudissait.
Dans cette période, nourrie par une crainte farouche des femmes et surtout de celles dont la puissance pouvant s’avérer incontrôlable, il a été aisé d’associer l’image de la sorcière à celle de la vieille femme, laide et dangereuse, pratiquant la sorcellerie et pactisant avec le diable pour nuire aux populations.